Les monochromes de Soulages, Klein & Malevitch

Nos invités de la semaine étaient trois, ce dimanche matin. Le Bleu Klein, un tableau noir de Soulages et le Carré blanc sur fond blanc de Malevich nous ont confié leur version de la monochromie.

A LIRE AUSSI >> Les réponses des monochromes aux questions Twitter et Facebook sur le site de France Inter

CLOTILDE – Bonjour Julien

JULIEN – Bonjour Clotilde, bonjour à tous

CLOTILDE – Cette semaine dans Bavartdages vous n’interviewez pas une, pas deux mais trois oeuvres d’art !

JULIEN – Eh oui ! Trois oeuvres… pour ce Bavartdages très spécial nous sommes en direct avec à Nice le monochrome Bleu de Yves Klein, à Rodez une peinture noire de Pierre Soulages… et au Musée d’art moderne de New York le « carré blanc sur fond blanc » de Kasimir Malevich… bonjour à vous trois.

LE CLUB DES MONOCHROMES – Bonjour.

JULIEN – Alors comme vous êtes trois monochromes…

SOULAGE – Pardon ?

MALEVICH – Excusez-moi mais vous êtes complètement frappé mon vieux. Où est-ce que vous avez vu trois monochromes ?

JULIEN – Eh bien… Un bleu, un noir un blanc… vous trois, vous…

KLEIN – Pas du tout. Alors moi, le bleu d’Yves Klein, d’accord, je suis un monochrome,. Mais vous ne pouvez pas en dire autant de mes deux collègues,.

SOULAGES – C’est vrai ça. Ce n’est pas parce qu’on n’a qu’une couleur qu’on est un monochrome !

MALEVICH – Sinon, pourquoi je me serais appelé « Carré Blanc sur fond blanc » et pas « Peinture blanche » ? Hein ?

JULIEN – Pardon ?

MALEVICH – Mais vous avez du vernis dans les yeux ma parole. Pour me peindre Kasimir a utilisé deux blancs différents. Le blanc de mon carré est plus bleuté, et celui de mon fond tend plus vers l’ocre. Je suis un tableau suprématiste, pas un monochrome.

JULIEN – Un tableau quoi ?

KLEIN – Ha ha, accrochez-vous.

MALEVICH, s’enflammant petit à petit – Suprématiste. Le suprématisme, c’est une façon de penser la peinture libérée de toute idée de représenter quelque chose, où la peinture n’est plus qu’une sensation, la couleur n’existe plus que pour elle-même. La peinture est spirituellement et physiquement autonome par rapport au monde extérieur. Un équilibre parfait, une sensibilité pure !

Silence de tous. Toussotement gêné de Julien

Pour faire plus simple, disons que Kasimir a voulu peindre un tableau le plus éloigné possible de tout ce qui peut « ressembler à quelque chose » du monde qui nous entoure, vous comprenez…

CLOTILDE – Mais vous êtes quand même un tableau blanc, on se trompe ?

MALEVICH – Je suis un tableau blanc, mais pas un tableau tout blanc.

KLEIN – Moi ! Moi je suis un tableau tout bleu !

JULIEN – Le bleu IKB d’Yves Klein.

KLEIN – Lui-même .

JULIEN – Alors permettez-moi de poser la question que beaucoup d’auditeurs se posent peut-être, mais qu’est-ce qui fait que vous, une toile de couleur couverte de bleu, vous êtes considéré comme un chef-d’oeuvre ?

KLEIN – Vous êtes sérieux là ? (En arrière-plan sonore, les deux autres oeuvres s’offusquent)

JULIEN – C’est une question légitime.

KLEIN – Ecoutez-moi bien, mon gars. Est-ce que vous avez vu la moindre imperfection sur moi, la moindre touche de bleu plus clair ?

JULIEN – Non, c’est vrai.

KLEIN – Eh bien voilà. C’est ça le monochrome, la puissance et le triomphe de la couleur pure.

CLOTILDE – D’autant plus que vous n’êtes pas n’importe quel bleu.

KLEIN – Là vous me faites plaisir. Je suis né en 1958, un temps où on n’avait pas les ordinateurs où il suffisait d’additionner deux codes couleur pour obtenir une autre couleur. Il fallait mélanger des pigments, faire de la chimie, mettre la main à la pâte.

SOULAGES – Au sens propre !

KLEIN – Et c’est comme ça que Yves, Yves Klein mon créateur, a inventé ma couleur avant de me peindre, en travaillant avec un chimiste. Je suis faite d’un bleu unique, un bleu qu’avant moi aucun autre tableau n’avait porté. C’est pour ça que Yves a donné son nom à sa couleur, IKB

JULIEN – Pour International Klein Blue…

CLOTILDE – Et alors vous, le tableau noir Sans titre de Pierre Soulages, vous nous dites que vous n’êtes pas non plus un monochrome ?

SOULAGES – Je suis même l’exact contraire.

CLOTILDE et JULIEN – C’est-à-dire ?

SOULAGES – Regardez-les et regardez moi ! Vous ne voyez pas la différence ? Mes deux confrères sont plats. Mettez-les dans un musée, vous verrez, ils prendront la lumière de plein fouet, et ça sublimera leur couleur bleue ou leur couleur blanche. Avec moi, Pierre s’est amusé avec les couches de peinture, les reliefs, les superpositions. Moi, vous me mettez dans un musée, la lumière, je vais la refléter, parfois la dévier ou la capter, bref, je la mets en valeur. Je suis une peinture de lumière.Vous savez, personne n’est tout noir ou tout blanc…

KLEIN – Surtout pas moi !

SOULAGES – … mais la définition du monochrome, elle est plus compliquée qu’on le croit !

JULIEN – Alors nous allons donc essayer de résumer… Vous, le bleu IKB de Klein, vous êtes bel et bien un monochrome…

KLEIN – Oui monsieur.

JULIEN – Vous le Carré Blanc sur Fond Blanc de Malevich, vous êtes un précurseur du monochrome…

MALEVICH – C’est ça.

JULIEN – Et enfin vous l’outrenoir de Soulages, vous êtes une sorte d’anti-monochrome.

SOULAGES – Ca me va.

CLOTILDE – Eh bien il aura fallu s’y accrocher mais c’est plus clair désormais ! Merci à vous trois… les oreilles fines auront reconnu le trio de l’Oeil du Tigre, Joy Raffin, Collin et Mauduit.

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