Edouard Manet, « Le Déjeuner sur l’herbe »

Après le Baiser de l’Hôtel de Ville de Doisneau et les Deux Plateaux de Buren, c’est au tour d’un chef-d’oeuvre pionnier de l’art moderne de se prêter au jeu de l’interview-vérité. Le Déjeuner sur l’Herbe, peint par Edouard Manet en 1863 et exposé au Musée d’Orsay, était notre invité ce dimanche. 

A LIRE AUSSI : Le tableau répond aux questions des internautes sur le site de France Inter

CLOTILDE – C’est dimanche, et c’est l’heure de Bavartdages… Bonjour Julien Baldacchino

JULIEN – Bonjour Clotilde !

CLOTILDE – On rappelle le principe de cette chronique… Chaque semaine vous donnez la parole à un chef-d’oeuvre de l’histoire de l’art pour une interview exclusive ! Aujourd’hui vous recevez un tableau majeur de l’art du XIXe siècle…

JULIEN – Oui, le Déjeuner sur l’herbe, signé Edouard Manet, peint en 1863, qui nous fait l’honneur d’avoir quitté le Musee d’Orsay quelques minutes pour nous rejoindre en studio. Bonjour.

DEJEUNER – Bonjour. Faites vite, j’ai des visiteurs qui m’attendent au musée.

JULIEN – Alors, cette scène de repas champêtre… bon ok, on va faire vite, on ne va pas tourner autour du pot, vous avez fait scandale à cause de votre représentation au premier plan d’une femme nue.

DEJEUNER – Et pas n’importe quelle femme. Quand les premiers critiques m’ont découvert, dans les années 1860, ils étaient à peu près tous d’accord pour dire que la femme nue au premier plan, c’était une prostituée.

CLOTILDE – Surtout… Deux femmes nues, deux hommes habillés… Ça fait beaucoup de possibilités… A l’époque il y avait de quoi faire scandale non ?

DEJEUNER – Ce n’est pas ça qui a choqué le public, madame !

CLOTILDE – C’est quoi alors ?

DEJEUNER – Rien d’autre que la manifestation de l’hypocrisie des hommes de ce siècle-là. Quand Edouard m’a peint, les femmes nues, ça courait les musées et les salons ! Mais il y avait une différence entre moi et tous les autres, UNE SEULE différence. Dans TOUS les autres tableaux, quand il y avait une femme nue, c’était une déesse, une créature mythologique, en tout cas pas une humaine comme vous et moi… Euh enfin, comme vous et vous. Moi, je représente une femme de la vraie vie, avec des imperfections. Et la situation, ces deux hommes, ce panier renversé, une autre femme qui prend son bain au fond… Tout ça laisse supposer qu’ils ont déjà consommé. Il est impossible de me regarder sans penser au sous-entendu.

JULIEN – Sans compter que la femme que vous représentez regarde attentivement le spectateur…

DEJEUNER – Elle met le spectateur bourgeois face à lui-même. Imaginez que vous êtes client régulier d’une prostituée.

JULIEN – On va imaginer, hein.

DEJEUNER – Vous allez au musée, tranquillement, un dimanche après-midi, avec votre épouse peut-être, et là, surprise ! vous tombez sur une prostituée qui vous regarde fixement sans vous lâcher du regard… comme si elle savait tout.

CLOTILDE – On peut supposer le malaise oui !

JULIEN – C’est cela qui a causé votre rejet du Salon officiel, et qui vous a renvoyé au Salon des Refusés ?

DEJEUNER – Je vous arrête … Le salon des Refusés… il était officiel lui aussi, j’aimerais vous faire remarquer. Le jury du Salon avait été considéré comme trop conservateur, beaucoup d’artistes étaient fâchés, alors Napoléon III nous a rassemblés tous ensemble dans ce Salon bis… Ca n’a pas arrangé notre cas, la critique s’est moquée de nous !

JULIEN – La critique, justement, à l’époque où vous êtes créé, elle n’est pas très tendre avec Manet, à cause de sa façon de peindre.

DEJEUNER – Oui, c’est vrai… Manet commençait déjà à peindre comme un impressionniste, et ça ne plaisait pas. Mon décor au fond est tout juste esquissé, je n’ai pas de dégradé mais des contrastes entre tons clairs et tons foncés…

JULIEN – Ce qui ne vous a pas empêché de devenir , l’un des tableaux les plus fameux de l’histoire de l’art, en tout cas un des tableaux majeurs du tournant vers l’art moderne ! C’est l’ironie du sort !

DEJEUNER – Oui… Et ça peut – ça doit ! – vous faire réfléchir… Les artistes contemporains dont tout le monde dit qu’ils sont mauvais aujourd’hui seront peut-être les génies de demain !

CLOTILDE – Merci Le Déjeuner sur l’Herbe, pour cette leçon, on vous laisse regagner votre place au Musée d’Orsay… Et merci à vous Julien, on se retrouve la semaine prochaine et d’ici là sur Franceinter.fr… Merci aussi à Joséphine Draï qui a prêté sa voix au tableau du jour !

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