« Les deux plateaux » de Daniel Buren

La saison des Bav[art]dages sur France Inter continue, avec l’une des oeuvres de plein air les plus connues du pays – mais aussi l’une des plus controversées : Les Deux Plateaux, aussi connue sous le nom de « Colonnes de Buren ». 

>> A LIRE AUSSI : « Les deux plateaux » répondent à vos questions sur Franceinter.fr

CLOTILDE – Bonjour Julien Baldacchino

JULIEN – Bonjour !

CLOTILDE – Comme tous les dimanches on vous retrouve pour Bav[art]dages, l’interview exclusive d’une oeuvre d’art. Aujourd’hui nous sommes en duplex avec les Jardins du Palais Royal à Paris où se trouve votre invité…

JULIEN – Il s’agit des Deux Plateaux de Daniel Buren… Bonjour…

LES DEUX PLATEAUX ne répondent pas

JULIEN – Est-ce que vous nous entendez les deux plateaux ?

LDP – (un temps) Oui ! Pardon. Bonjour. Je vous entends… C’est juste que… parfois j’en viens même à oublier que je m’appelle les Deux Plateaux. Je… Personne ne m’appelle jamais comme ça.

JULIEN – Oui parce que la plupart de ceux qui vous connaissent vous appellent tout simplement “Les Colonnes de Buren”.

LDP – C’est plus simple.

JULIEN – C’est peut-être aussi parce qu’on ne comprend pas grand chose à votre titre… Les deux plateaux… Quand on vous regarde, en plein milieu de la cour du Palais Royal…

LDP – C’est pourtant simple : toutes les colonnes qui me composent, ces 260 cylindres de marbre, elles s’étendent sur deux niveaux, le rez-de-chaussée que tout le monde, voit, et un sous-sol plusieurs mètres plus bas, qui contient aussi une fontaine souterraine et des éclairages pour la nuit…

CLOTILDE – Mais ça si on ne vous étudie pas en profondeur, on ne le sait pas… C’est peut-être pour ça que vous êtes l’une des oeuvres les plus mal comprises…

JULIEN – et donc les plus détestées… de l’art des années 80.

LDP – Oui. Je n’ai… (l’oeuvre sanglotte) jamais compris… Pourquoi tout le monde me détestait autant… (elle pleure franchement) Avant moi y’avait un parking ici ! Un parking ! Quand même, je vaux mieux qu’un parking ! Dites-moi que je vaux mieux qu’un parking !

JULIEN – Mais oui bien sûr ! Allez, du calme, reprenez-vous…

LDP (essaie de se reprendre) – Ils disaient que je viendrais défigurer le lieu, qu’une sculpture contemporaine dans une architecture du 17e ça ne serait jamais beau, JAMAIS ! Alors que Daniel avait travaillé spécialement pour ce lieu !

JULIEN – C’est ce qu’on appelle une oeuvre in situ, spécialement conçue pour le lieu dans lequel elle est créée.

LDP – Voilà.

JULIEN – En revanche quel que soit le lieu dans lequel Daniel Buren crée, il y a toujours ce motif de lignes noires et blanches… Toujours de largeur identique… 8,7 cm… Et vous, vous n’y coupez pas. C’est une obsession chez Buren ?

LDP – Pas une obsession… Une signature. Ces bandes noires et blanches sont sur toutes ses oeuvres, sans exception. Dans les années 60, Daniel cherchait à atteindre une forme de non-peinture, et il a trouvé du tissu rayé. C’est devenu sa  signature, en quelque sorte.

JULIEN – Revenons un peu à vous, les Deux Plateaux… Vous êtes à l’origine d’une des plus grandes polémiques de l’art contemporain en France. C’est une grande affaire politique tout ça…

LDP – Oui ça a commencé quand Jack Lang a été remplacé à la tête du ministère de la Culture par François Léotard. C’était en 1986.

JULIEN – Très bien je le note.

LDP – Et Léotard a profité d’une procédure judiciaire qui était en cours pour faire stopper les travaux. Si Daniel n’était pas venu mettre son nez dans cette affaire, on y serait toujours !

JULIEN – Comment est-ce que ça s’est terminé ?

LDP – Daniel a fait valoir le fait qu’il avait encore des droits sur son oeuvre.

CLOTILDE – C’est-à-dire ?

LDP – Quand un artiste fait une oeuvre, même si celle-ci est achetée, l’artiste conserve le droit de choisir qu’elle ne soit pas modifiée ou transformée. On appelle ça le droit moral. Du coup, Daniel a menacé d’un procès si son oeuvre restait inachevée, c’est-à-dire moi… en gros il a dit, soit vous la finissez, soit je la fais détruire.

JULIEN – Et donc ils vous ont achevé.

LDP – Voilà. Ca me troue la colonne, quand même, qu’il ait fallu en arriver là.

JULIEN – Eh bien merci beaucoup pour cette confession Les Deux Plateaux, pour ceux qui ne vous connaissent pas ou qui veulent vous redécouvrir sous un nouveau jour… vous ne bougez pas… vous êtes toujours au Palais Royal à Paris…

CLOTILDE – Merci à vous aussi Julien… Et merci à Benjamin Plouvier qui prête sa voix à ces imposantes colonnes.

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