Le lion d’Athéna, à Palmyre

C’était l’un des symboles les plus marquants de la cité antique de Palmyre, en Syrie : le lion d’Athéna, relique des civilisations pré-islamiques, a été détruit par Daech en 2015.

A ECOUTER >> La chronique radio sur le site de France Inter

LAETITIA : Bavartdages, c’est la chronique dans laquelle les œuvres d’art parlent comme vous, moi… et comme vous aussi Julien Baldacchino, bonjour.

JULIEN : Bonjour Laetitia, bonjour à tous !

LAETITIA : Julien cette semaine quelle est votre destination ?

JULIEN : Eh bien je suis à Damas en Syrie, au chevet de notre invité de la semaine… Il y a quelques mois nous aurions pu nous rencontrer à quelques centaines de kilomètres d’ici, à Palmyre, mais la guerre en a décidé autrement… Je suis avec le lion d’Athéna… bonjour…

LION : Bonjour monsieur (il tousse)

JULIEN : Vous étiez il y a quelques années encore l’un des symboles les plus épatants
de cette cité antique, un magistral lion en calcaire de plus de trois mètres de haut… et
aujourd’hui vous êtes… dans un sale état… Comment est-ce que vous en êtes arrivé là ?

LION : Oui je peux vous raconter… Ca s’est passé il y a deux ans, en juillet 2015. Les djihadistes du groupe Etat Islamique avaient pris Palmyre depuis quelques mois. (Bruits d’armes) Ils ont commencé… à tout détruire… (sa voix se fait faible) Les statues, les mausolées… Je me souviens, tout tombait autour de moi. Les équipes du musée de Palmyre m’ont mis à l’abri, sous un coffrage en métal. Elles m’avaient même entouré de sacs de sable au cas où il y ait des bombardements.

JULIEN : Et ça n’a pas suffi ?

LION : Non. Ils se attaqués à moi. A coups de pelleteuse… ils m’ont détruit, bloc par bloc. Je me suis retrouvé au sol, complètement détruit.

JULIEN : Il faut dire que vous n’étiez pas déjà au mieux de votre forme…

LION : C’est sûr. Vous m’auriez vu il y a dix-huit siècles de ça ! C’était autre chose. Vous savez, les historiens se sont même rendus compte que je faisais partie de la zone sacrée du temple, alors qu’à la base ils croyaient que j’étais à l’extérieur. (Tousse) Mais que voulez-vous, il paraît qu’on vieillit avec le temps. Quand des archéologues m’ont découvert en 1977, j’étais en pièces.

LAETITIA : Un peu comme aujourd’hui…

LION : C’était le temps qui avait eu raison de moi, pas une bande de fous. Les archéologues qui m’ont découvert m’ont restauré, aussi. Et ils m’ont placé là où j’ai passé pas loin de 40 ans, devant le musée de Palmyre.

JULIEN : Et ce musée, qu’est-il devenu ?

LION : Il a été transformé en prison et en tribunal de Daech. (Un silence, puis un soupir ému) Voilà. Enfin, c’était jusqu’à la reprise de la ville, en mars dernier.

LAEITITA : Mais Julien, vous nous avez bien dit que vous étiez à Damas, pas à Palmyre ?

JULIEN : Oui oui Laetitia c’est bien ça. Le lion d’Athéna a été ausculté par des archéologues polonais lors de la reprise de la ville, et ils ont transféré tout ce qu’ils pouvaient ici, au musée de Damas, pour restaurer le Lion.

LION : C’est ça. Ils prennent bien soin de moi… ils ont pris des risques pour moi vous savez, parce qu’ils n’avaient pas d’autorisation officielle pour me déplacer jusqu’ici ! Ce sont eux qui étaient venus déjà il y a dix ans pour me restaurer… Je crois que je suis trop précieux pour eux.

JULIEN : Oui parce que vous êtes un témoin-clé des civilisations pré-islamiques… Avant les destructions Palmyre c’était l’une des cités les mieux conservées…

LAETITIA : D’ailleurs, que représentiez-vous dans les civilisations pré-islamiques ?

LION : Euh… comme aujourd’hui. Un lion, avec une antilope à ses pieds.

LAETITIA : Non mais… symboliquement ?

LION : Ah. J’étais l’un des attributs de la déesse Al-Lat.

JULIEN Qui donc ?

LION : Al-Lat ! C’était l’une des déesses vénérées dans le monde arabe avant l’apparition de l’Islam. On la compare souvent à Athéna parce que c’était la déesse de la fécondité. C’est pour cette raison que l’on m’appelle, comme vous l’avez dit tout à l’heure, le Lion d’Athéna, alors qu’en réalité je suis le lion d’Al-Lat.

JULIEN : Mais enfin, pourquoi les djihadistes ont détruit tout le patrimoine de Palmyre comme ça, dont vous ?

LION : Mais qu’est-ce que j’en sais ? (Quinte de toux).

LAETITIA : Ca va ?

LION : Oui, ça va aller. Je n’ai aucune idée de la vraie raison de leurs destructions… si je le savais ce serait plus aisé.

JULIEN : Ce n’est pas parce que vous représentez des dieux qui ne sont pas les leurs ?

LION : Je ne crois pas. Je dirais plutôt que c’est à cause de vous.

JULIEN : Moi ? Mais qu’est-ce que je viens faire…

LION, criant : Pas vous personnellement, vous les occidentaux ! (Toux, retour au volume normal) Si je me suis retrouvé détruit comme tous les autres, ce n’est pas tant par rapport au fait que nous sommes des reliques de religions pré-islamiques, que par rapport au fait que vous, occidentaux, vous nous vénérez comme des idoles et vous voulez à tout prix nous protéger. Ce qu’ils ont voulu montrer je crois, c’est qu’ils détestent tout ce qu’aime la culture occidentale, surtout si c’est sur les terres qu’ils revendiquent.

JULIEN : Et puis pour couronner le tout, pour eux, toute statue représentant un humain ou un animal, c’est de l’idolâtrie.

LION : Alors moi avec mes grosses pattes de lion, j’étais mal engagé.

JULIEN : Eh bien… on espère en tout cas que vous serez vite remis sur pattes… Merci de nous avoir reçus à votre chevet, le lion d’Athéna… Pardon, le lion d’Al-Lat, donc. Merci Laetitia…

LAETITIA : Merci à vous Julien et à la semaine prochaine !

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