Banksy, « The Walled Off Hotel »

L’invité de la semaine de Bav[art]dages est une oeuvre d’art qui prend la forme… d’un hôtel tout entier. Le Walled Off Hotel est la nouvelle installation du street-artist Banksy.

A ECOUTER SUR FRANCEINTER.FR >> La version sonore de l’interview

LAETITIA : Les aventures de Bavartdages autour du monde continuent tous les dimanches sur France Inter ! Bonjour Julien Baldacchino…

JULIEN : Bonjour Laetitia, bonjour à tous !

LAETITIA : Où est-ce que vous nous avez emmené cette semaine ?

JULIEN : Eh bien écoutez, je suis à Beethléem en Cisjordanie à quelques mètres à peine du long mur de séparation construit par l’Etat d’Israël, et je suis à l’entrée d’un hôtel tout fraîchement ouvert qui…

LAETITIA : Vous vous êtes pris pour un grand reporter ? Ha ha !

JULIEN : Non mais vous allez comprendre, nous sommes dans un hôtel entièrement conçu par le célèbre street artist britannique Banksy et qui défraie la chronique depuis son ouverture en mars dernier…

LAETITIA : Votre oeuvre du jour Julien c’est donc tout cet hôtel ?

HOTEL, avec une voix qui résonne : BONJOUR

JULIEN : Oui Laetitia. Bonjour le Walled Off Hotel. Merci de nous accorder cette interview pour la première fois en français…

HOTEL : C’est bien cela oui.

JULIEN : Alors pour commencer, éclairez-nous sur votre nature, nous en parlions à l’instant, vous êtes un véritable hôtel ou une oeuvre d’art ?

HOTEL : Mais, je suis les deux à la fois ! Voyez, les gens qui sont ici, ce sont de véritables clients, toutes les chambres sont à louer à la nuit, du dortoir à 30 dollars à la suite présidentielle pour près de 1000 dollars. Mais en même temps, tout ici est oeuvre d’art, il n’y a rien qui soit laissé au hasard. Regardez les petits angelots au plafond.

JULIEN : Ils ont des masques à oxygène.

HOTEL : Exactement. Tout comme ce buste très classique dans sa conception mais qui montre en réalité une femme en train de se faire gazer au lacrymo. Vous voyez ?

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JULIEN : Oui. Euh…

HOTEL : Quoi ?

JULIEN : Le piano, il joue tout seul.

HOTEL : Oui. Plusieurs musiciens ont composé des morceaux pour le soir de l’ouverture…

JULIEN : Qui par exemple ?

HOTEL : Là c’est Nine Inch Nails que je joue, mais il y a aussi des morceaux d’Elton John ou Hans Zimmer. Et oui, c’est vrai, le piano joue en boucle, sans que personne n’y touche.

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JULIEN : Le sens de votre existence, en fait, il est dans tous vos détails.

HOTEL : C’est exactement cela. Vous savez, je crois que c’est le souci du détail qui fait la beauté des œuvres de mon créateur.

LAETITIA : Banksy, donc ?

HOTEL : Oui. L’an dernier, il a créé un parc d’attractions éphémère dans son pays en Grande-Bretagne. Ca s’appelait Dismaland. Il y avait toutes les attractions d’un vrai parc. Mais à chaque fois, c’est un détail qui provoque le malaise. Comme dans ce petit jeu où il faut piloter des bateaux, vous voyez le genre ?

JULIEN & LAETITIA : Très bien oui.

HOTEL : Eh bien là, les bateaux à piloter étaient des navires de fortune remplis de petits migrants. Ce que fait Banksy, c’est qu’il détourne tout ce qui nous paraît inoffensif pour en faire des œuvres dérangeantes. Comme quand le château de la belle au bois dormant est devenu un château en ruine, un peu gothique…

JULIEN : Si nous revenons à vous en particulier… Comment est-ce que vous avez fait pour arriver ici ? On a entendu parler de vous du jour au lendemain, il y a bien dû avoir des travaux, une préparation ?

HOTEL : Bien sûr ! J’ai été l’objet de 14 mois de travaux pour rénover l’ancien hôtel particulier qui se situait ici. Mais ça c’est le savoir-faire des maîtres du street art, tout préparer dans le plus grand secret. Quand j’ai ouvert le 30 mars dernier, tout le monde est tombé des nues, y compris les autorités du coin !

JULIEN : Vous nous avez parlé de votre suite présidentielle à 1000 dollars la nuit, qu’est-ce qu’elle offre de plus ?

HOTEL : Tout ce dont un chef d’Etat corrompu a besoin.

JULIEN : Sérieusement ?

HOTEL : Encore une fois c’est sur l’art du détournement qu’on joue ! Mais si vous allez faire un tour dans la suite, vous verrez que le réservoir d’eau du jacuzzi va avoir du mal à fonctionner.

JULIEN : Pourquoi ?

HOTEL : Il est perforé d’impacts de balles.

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JULIEN : Et la vue de cette chambre… euh… grand luxe ?

HOTEL :Pas mieux que toutes les autres chambres du lieu. Vue sur le mur de séparation. Il faut que j’honore ma réputation de pire vue d’hôtel du monde, ha ha ha !

LAETITIA : Mais alors, vous êtes une oeuvre engagée ?

HOTEL : Ca dépend ce que vous entendez par engagée. Je ne suis pas bâti ici pour prendre parti pour un camp ou pour un autre.

JULIEN : Mais vous ne pouvez pas dire que vous n’êtes pas une oeuvre politique !

HOTEL : Qu’est-ce qui n’est pas politique, jeune homme ? Oui, je suis politique, au sens où j’attire l’attention sur une situation. C’est déjà ce qu’avait Banksy quand il était venu peindre sur le mur ou sur les maisons dévastées par les bombardements.

JULIEN : Donc c’est bien une oeuvre à charge contre le pouvoir israélien ?

HOTEL : Pas du tout. Si je devais avoir une cible, ce ne serait ni Israël ni la Palestine.

JULIEN : Qui alors ?

HOTEL : Vous savez ce qu’il s’est passé en 1917 ici-même, il y a cent ans ?

LAETITIA : Dites-nous…

HOTEL : L’armée anglaise a pris le contrôle de la Palestine. Ca n’a plus jamais été un territoire en paix. Jamais. Si je devais viser quelqu’un, ce serait peut-être plus le Royaume-Uni, vous voyez. Banksy a dit que j’étais là « pour rappeler ce qui arrive lorsque le Royaume Uni prend une énorme décision politique sans en comprendre pleinement les conséquences ».

JULIEN : C’est une référence au Brexit ?

HOTEL : J’ai rien dit ! Mais ce n’est peut-être pas un hasard si Banksy a aussi peint une immense fresque à Douvres sur le Brexit…

JULIEN : Oui puisqu’on y voit le drapeau européen dont une des étoiles est fracturée. Cher hôtel, il va être temps de terminer cette interview, alors j’ai une dernière question à vous poser… Est-ce que vous pouvez enfin nous dire QUI est Banksy ?

HOTEL : Vous plaisantez ? (crescendo) Ca fait des décennies que mon créateur agit dans l’ombre, loin de tout, loin du marché de l’art, loin des critiques, son anonymat lui donne son indépendance, vous ne pensez tout de même pas qu’il va ruiner tout cela pour une interview pour les bouffeurs de cuisses de grenouilles que vous êtes ? Sortez. Je ne veux plus répondre à vos questions.

JULIEN : Mais…

HOTEL : Sortez ! L’interview est finie.

JULIEN : Eh ! Ce n’est pas le logo du groupe Massive Attack là sur la cheminée ?

HOTEL : DEHORS !

JULIEN : Rah je pensais tenir une piste… Bon Laetitia je suis contraint de vous rendre l’antenne…

LAETITIA : Merci Julien ! Où est-ce qu’on vous retrouve la semaine prochaine ?

JULIEN : Haha mystère ! Mais je peux vous dire que je suis sur un gros dossier.

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