Jean-François Millet, « l’Angélus »

C’est l’un des tableaux les plus connus du XIXe siècle : profondément réaliste, « L’Angélus » de Jean-François Millet nous explique ce dimanche sa genèse. Et nous le confronterons à son alter ego surréaliste, « L’Angélus Architectonique de Millet » signé Dali.

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JULIEN – L’Angélus de Jean-François Millet, une pièce issue de la collection du Musée d’Orsay, peut-être la plus célèbre des scènes de recueillement de l’Histoire de l’Art. Bonjour…

ANGELUS – Bonjour. Bonjour madame… Bonjour monsieur…

JULIEN – Alors la semaine dernière nous recevions un tableau de Monet, plus jeune que vous d’à peine une dizaine d’années… Et pourtant vous n’avez rien à voir, vous l’Angélus… Qu’est-ce qui fait que vous êtes différent ?

ANGELUS – Eh bien… Ce qu’a cherché Jean-François en me peignant, ce n’était pas de faire passer un message, pas même une émotion comme l’ont fait après moi les impressionnistes et les expressionnistes.

JULIEN – Il cherchait quoi alors ?

ANGELUS – Il cherchait à dépeindre une scène de la vie quotidienne en collant le mieux possible à la réalité de cette scène. Je suis juste deux paysans qui cessent le travail quand sonne l’Angélus, à la fin de la journée.

MARION – Vous êtes donc un témoignage de la religiosité du peuple paysant au XIXe siècle, c’est cela ?

ANGELUS – Non… non. Ce que je montre n’a presque rien de religieux ; c’est surtout le rythme de vie des paysans. Les gens qui travaillaient à la campagne n’avaient pas de montre au poignet. Alors c’étaient les trois angélus sonnés par les cloches le matin, le midi et le soir, qui séquençaient une journée de travail. Il y a un côté universel en moi. C’est pour ça que mes deux personnages sont à contre-jour. Vous ne verrez pas leurs visages. Mes paysans pourraient être n’importe qui.

JULIEN – L’Angélus, vous êtes une oeuvre profondément réaliste, et pourtant vous avez eu une postérité essentiellement surréaliste grâce à un autre peintre, Salvador Dali.

ANGELUS – Ah. Oui. Lui.

MARION – Alors nous vous avons proposé de vous confronter avec l’une des 80 variations de vous réalisées par Dali… Voici l’Angélus Architectonique de Millet par Dali, bonjour.

ANGELUS ARCHITECTONIQUE – BONJOUR

JULIEN – Vous vous connaissez ?

ANGELUS, soupirant – Oui, nous avons dû cohabiter l’an dernier à l’occasion de l’exposition Dali au Centre Pompidou.

JULIEN – L’Angélus architectonique, je vous présente rapidement pour vous situer aux auditeurs qui ne vous connaissent pas… Vous avez été peint par Dali en 1933. On peut voir en vous regardant deux formes, dont l’une inclinée, un peu comme sur l’Angélus original, sauf que ce ne sont pas deux paysans mais deux… deux sortes de grandes dents trouées.

ANGELUS en arrière plan – N’importe quoi…

JULIEN – Pourquoi Dali était-il fasciné à ce point par l’Angélus ?

ANGÉLUS ARCHITECTONIQUE – Raaah, je vous explique mais vous ne comprendrez pas ! Vous n’atteignez pas le génie de Salvador. Vos deux paysans, là, ils ne prient pas parce que c’est l’heure de prier comme tous les jours.

MARION – Alors pourquoi prient-ils ?

ANGÉLUS ARCHITECTONIQUE – Parce qu’ils viennent d’ENTERRER LEUR ENFANT MORT !

JULIEN – C’est la thèse qui obsédait Dali votre peintre à propos de l’Angélus…

MARION – L’Angélus, une réaction ?

L’ANGÉLUS – Que voulez-vous que je dise ? C’est l’interprétation hallucinée d’un tableau surréaliste. Cela suffit à invalider la thèse de Dalí.

JULIEN – Votre alter ego surréaliste n’a pas l’air d’accord.

L’ANGÉLUS ARCHITECTONIQUE – NON ! Tu sais très bien que j’ai raison. Quand on t’a radiographié la thèse de mon génie de créateur a été avérée !

JULIEN – Ça veut dire qu’il y a une preuve de ce que disait Dalí ?

L’ANGÉLUS ARCHITECTONIQUE – Mais oui ! En 1963 Salvador a obtenu qu’on fasse radiographier l’Angelus de Millet. Et vous savez ce qu’ils ont trouvé ? Vous voyez le petit panier là au pied des paysans ?

JULIEN / MARION – Oui…

L’ANGÉLUS – Ne me montre pas du doigt !

MARION – S’il vous plait, laissez-le terminer…

L’ANGÉLUS ARCHITECTONIQUE – Sous le petit panier, il y avait une première couche de peinture… Qui montre une petite boîte noire rectangulaire…

JULIEN – Un cercueil d’enfant ?

L’ANGÉLUS – Non. Jean-Francois n’a jamais parlé de ça quand il m’a peint…

JULIEN – Oui, peut-être que Dalí n’a fait qu’une interprétation un peu abusive…

L’ANGÉLUS ARCHITECTONIQUE – Non. Il a décrypté l’Angelus original grâce aux techniques de la psychanalyse. Et l’Angelus est devenu une source créative infinie pour lui !

JULIEN – Bel exemple de dialogue entre l’art de différentes époques en tout cas… Meme si vous n’êtes pas forcément d’accord… L’angélus, merci.

L’ANGÉLUS – Avec plaisir.

JULIEN – L’angélus architectonique, merci à vous aussi.

L’ANGÉLUS ARGHITECTONIQUE – Ravi d’avoir pu vous éclairer mieux que l’autre, là.

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